On savait jadis, parce que c'était une règle de grammaire, que Aristidem expulerunt quia praeter modum justus esset. Athènes trouvait qu' Aristide était trop juste, voilà pourquoi elle l' ostracisa. On ne veut pas croire que Paris a fait de même et continue à faire de même. Et pourtant, personne en France ne connaîtrait plus le Cours de Phrénologie, qui contient la charte de l'antiracisme, si l' exemplaire survivant à Genève n'avait pas été remarqué par une personne qui faisait des recherches au Centre Péguy d' Orléans. Cet exemplaire provenait d' une bibliothèque pillée l' été 1940, à Paris, "par la Gestapo et le Guépéou réunis", la bibliothèque de Boris Souvarine, un des principaux membres fondateurs du Parti Communiste Français, un des rares admirateurs français de Leroux et pendant longtemps presque le seul .
L' interminable durée du bannissement ne devrait pas étonner, car le silence nourrit l' ignorance. Boycott du vivant de Leroux , vingt cinq années de censure entre son dernier ouvrage (publié à Lausanne) et la première réédition (Malthus et les communistes), et immédiat recommencement de la conspiration du silence, l'Université, l' Eglise et les guesdo-blanquistes étant d' accord contre ce que Péguy appelle "le socialisme entendu purement". Il fallut attendre la traduction en français de L' archipel du goulag pour que Leroux réapparaisse. En 1977 , De la Ploutocratie ou du gouvernement des riches , aux Editions d'aujourd'hui, qui publièrent ensuite Réfutation de l' éclectisme. En 1978 , 900 pages d' Oeuvres aux éditions Slatkine . En 1979 , La Grève de Samarez (deux volumes) aux édition Klincksieck . En 1985, De l' Humanité (687 pages, au Corpus des oeuvres de philosophie en langue française, Fayard) et enfin, en 1991, l' Encyclopédie nouvelle , à Genève, chez Slatkine ( 5O6O pages, 2600 F. suisses).
La dette de la pensée française est grande envers ceux qui continuaient la recherche, Outre-Atlantique, D.-O.Evans, Le socialisme romantique, Pierre Leroux et ses contemporains (Rivière,1948) , et David- Albert Griffiths, Jean Reynaud, un encyclopédiste de l'époque romantique (Rivière, 1965). Ensuite, les progrès ont été rapides, avec Rémi Gossez, Les ouvriers de Paris (1966) ; J. Viard, Philosophie de l'art littéraire et socialisme selon Péguy (...) et Leroux (1969) ; Miguel Abensour, Pierre Leroux et l 'utopie socialiste (1972) ; Jean-Pierre Lacassagne, Histoire d'une amitié, Pierre Leroux et George Sand, (1973) ; Jean-Jacques Goblot, Aux origines du socialisme français, Pierre Leroux et ses premiers écrits (1824-183O) (Presses universitaires de Lyon, 1977) ; Pierre Leroux et les socialistes européens ( Actes/Sud et PUF,176 pages, 1983) ; et Armelle Le Bras-Chopard De l'égalité dans la différence, Le socialisme de Pierre Leroux (Fondation nationale des Sciences politiques,46O pages, 1986), où on trouvera une bibliographie qui ensuite a été complétée par les Bulletins de l' Association des Amis de Pierre Leroux .